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Cinquante ans de résistance au Tibet et en exil

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Discours de Thupten Gyatso
Communauté tibétaine de France
Rassemblement de Paris, le 10 mars 2009
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En premier lieu, permettez-moi de dire un mot d'amitié et de remerciement au nom de tous les Tibétains de France, à l'attention de l'ensemble des parlementaires français, des maires, des élus locaux, des associations de soutien, des personnalités de la société civile ainsi que des citoyens libres qui se sont mobilisés pour la cause nationale du Tibet et qui se mobilisent activement autour de la commémoration du 50e anniversaire du soulèvement du peuple tibétain contre l'occupation chinoise. Par ailleurs, l'année 2009 correspond à cinquante années d'exil du leader temporel et spirituel du Tibet, Sa Sainteté le quatorzième Dalaï-Lama, ainsi que du gouvernement tibétain.

A cette occasion historique, depuis Paris, je voudrais manifester notre plus profonde reconnaissance et nos remerciements à la République française et à son peuple, pour leur engagement constant et leur solidarité avec le peuple tibétain dans sa résistance nationale pour la liberté du Tibet. La France est devenue la deuxième patrie de beaucoup de Tibétains et nous sommes heureux d'apprendre que le Président de la République française, Monsieur Nicolas Sarkozy, en exercice de la présidence de l'Union européenne, a rencontré Sa Sainteté le Dalaï-Lama en décembre dernier en Pologne, malgré la pression du Parti communiste chinois de Pékin.

En second lieu, la situation actuelle du Tibet constitue un sujet de préoccupation très grave pour nous tous. Comme chacun d'entre vous est au courant, depuis le 10 mars dernier, le Tibet a connu des manifestations de revendications politiques allant de la capitale Lhassa jusqu'à ses provinces.

La troisième génération de Tibétains au Tibet a ouvert un nouveau chapitre dans l'histoire de la résistance nationale du pays. De plus, à travers la carte des manifestations de l'année dernière, le monde a découvert pour la première fois le véritable visage politique, culturel et national du Tibet. Ce mouvement du peuple tibétain pour son émancipation face au pouvoir colonial chinois demeure essentiellement non-violent, mais il prend un caractère unique par son dynamisme.

Face aux revendications politiques des Tibétains, la Chine populaire ne veut aucun progrès politique qui répondrait aux aspirations du peuple tibétain en respectant sa liberté d'expression. Au contraire, d'un côté, le gouvernement chinois n'a pas hésité un instant à mobiliser ses forces paramilitaires et les policiers pour opprimer les manifestants civils tibétains, dont le nombre de tués s'élève à plusieurs centaines, sans compter ceux qui ont été emprisonnés par milliers. Par ailleurs, les autorités chinoises ont lancé un appel à la haine raciale contre les Tibétains sur des sites Internet chinois.

La politique chinoise au Tibet comporte deux volets principaux. D'une part, une politique de négation de l'identité nationale tibétaine en pratiquant un révisionnisme sur l'histoire politique du Tibet. D'autre part, cette politique consiste à détruire le caractère national du peuple tibétain en le divisant en des groupes d'ethnies différentes. Ce qui est à l'oeuvre actuellement au Tibet.

On assiste aujourd'hui à une présence accrue des militaires chinois qui encerclent pratiquement toutes les habitations et interdisent aux moines de faire le grand Monlam, une fête de prières après le Losar. Le pays se retrouve dans un climat de terreur. Le régime colonial chinois applique la loi martiale contre les populations tibétaines, sans la décréter officiellement. Ensuite, le gouvernement chinois a mis en oeuvre une campagne politique de rééducation nommée "Frapper Fort". Cependant, la volonté et la ferme détermination du peuple tibétain pour résister à cette oppression sont démontrées au quotidien. Fin février, des manifestations pacifiques ont eu lieu dans plusieurs endroits : Tsawa, Dégé, Kardze, Serta Lithang, Ngna Wa et Mangra. Nous exigeons des autorités chinoises qu'elles cessent la répression et nous demandons à la Communauté Internationale que la justice soit rendue au peuple tibétain.

Une mise en garde de l'opinion publique internationale s'impose autour du 10 mars 2009.

Selon un témoignage diffusé par Radio Free Asia, une équipe de tournage chinoise serait arrivée dans une région de la plaine de l'Amdo (connue sous le nom de Bora Amchok), le 27 février 2009, accompagnée de trois à quatre cents militaires pour tourner un film de propagande. Pendant le tournage, d'après les témoins, les soldats se seraient déguisés en moines et civils tibétains. Ensuite, ils auraient été filmés en action de casser et de brûler des véhicules, voire de frapper des gens. Le tournage aurait duré environ trois jours.

Comme l'année dernière, la machine aux mensonges (CCTV) a créé de toute pièce le mythe du "14 mars à Lhassa". En réalité, les manifestations tibétaines avaient commencé dès le 10 mars 2008. Le gouvernement chinois est en train de fabriquer un outil de propagande pour mettre en scène des "Tibétains violents" afin de faire basculer l'opinion chinoise à son avantage et justifier la répression militaire des manifestations. Ils essaient de bâtir une unité autour du chauvinisme "Han" sur le dos des souffrances du peuple tibétain. Le but recherché d'une telle opération est de brouiller la véritable revendication politique du peuple, exprimée par les Tibétains au péril de leurs vies.

Voici ce que demandent les Tibétains du Tibet. Ils appellent à un Tibet libre et indépendant, ensuite à un retour rapide de Sa Sainteté le Dalaï-Lama et à la libération inconditionnelle de tous les prisonniers politiques.

Enfin, ce que dit la Chine populaire pour justifier son occupation illégale du Tibet, c'est que le Dalaï-Lama serait "un séparatiste cherchant à diviser la Chine avec l'appui de la conspiration occidentale". Et la Chine aurait un droit autoproclamé sur le Tibet parce qu'elle l'aurait "modernisé", pour ne pas dire sinisé. Ensuite, elle aurait aboli un prétendu système de servage.

Toujours selon le parti, les Tibétains devraient considérer "les dirigeants chinois comme étant plus importants que Bouddha", car ils auraient "apporté le bonheur à tous", en tuant plus d'un million deux cents mille Tibétains. Ces paroles du parti communiste chinois ne reflètent que des attitudes et des comportements arrogants et méprisants vis à vis du Tibet.

La Chine n'a pas échappé à la crise économique mondiale, qui la touche de pleine fouet. Plus de 25 millions de travailleurs migrants se retrouvent sans emploi et les usines chinoises ferment les unes après les autres. Chaque année, six millions d'étudiants diplômés sont sans travail. Il y a donc un réel danger. Hu Jintao, au lieu de proposer des mesures économiques aux problèmes de la population chinoise sans emploi, semble tout à fait capable de détourner les tensions sociales et économiques chinoises vers le Tibet, aux seules fins d'assurer la pérennité de la dictature du parti unique et en se servant du nationalisme chinois.

C'est la raison pour laquelle je lance un appel à la vigilance au peuple chinois, afin de lui dire qu'en tant que Tibétains, nous ne sommes pas contre lui. Nous sommes avec lui. Nous saluons notamment l'initiative chinoise de "la Charte 08", laquelle exige la fin du monopole du parti communiste, en plaidant pour une Chine démocratique et un gouvernement chinois constitutionnel.

Nous sommes convaincus qu'il y aura toujours une amitié entre les peuples chinois et tibétain. Le peuple tibétain se bat contre l'injustice et le système d'exploitation coloniale de la Chine populaire au Tibet. Sachez qu'il ne cessera jamais de résister tant que ses aspirations politiques ne seront pas respectées.

Il se trouve que les Tibétains sont victimes d'une politique chinoise de persécution politique, religieuse et raciale, depuis plus d'un demi siècle. L'avenir proposé aux Tibétains, selon les lignes d'un véritable plan d'extermination, consiste à réduire les populations tibétaines en des petites groupes minoritaires insignifiants renfermés dans des camps ou des réserves.

A titre d'exemple, il existe déjà un programme de la sédentarisation des nomades dans des maisons "en dur" sans aucun mode alternatif viable. C'est l'une des façons de massacrer les Tibétains dans la douceur, en les poussant vers la consommation d'alcool, de tabac, une mauvaise alimentation et sans aucune perspective d'emploi.

La politique agraire chinoise au Tibet consiste à imposer aux paysans tibétains d'exploiter le fourrage dans les terres agricoles, afin de leur faire perdre l'autonomie alimentaire et les condamner à devenir dépendants des produits chinois. La Chine communiste cherche par tous les moyens à tenir le Tibet à sa guise, contre la volonté du peuple tibétain. Etant donné que le Tibet était un Etat indépendant, depuis occupé illégalement par "la République populaire de Chine", nous sommes dans nos droits inaliénables de demander légitimement une solution politique mutuellement bénéfique.

La résolution du problème du Tibet passe par un Tibet libre et autonome. Le Tibet libre signifiera une émergence paisible pour les deux géants asiatiques, à savoir l'Inde et la Chine. Le Tibet libre signifiera aussi l'eau potable pour une partie de notre humanité en Asie. Le Tibet libre pourra assurer une existence harmonieuse des plateaux tibétains dans le respect de son environnement. Le Tibet libre pourra engendrer une paix en Asie.

Dans ce sens, la Communauté Tibétaine de France soutient la campagne européenne pour la reconnaissance du gouvernement tibétain par les Etats membres de l'Union européenne. Elle invite les autres ONG et les citoyens à faire de même.

Pour conclure, je présente tous mes meilleurs voeux de longue vie à Sa Sainteté le Dalaï-Lama. Un Tibet libéré signifiera la victoire de la vérité du combat du peuple tibétain pour la liberté. Vive l'amitié Franco-Tibétaine.

TG

 
 
 

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