Citoyenneté et responsabilités du Parlement
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Discours de François Corona
Tibet Destination Rangzen - Tibet Europe
Rassemblement de Marseille, le 14 mars 2009
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Tout d'abord je veux remercier l'ensemble des associations et des élus qui, cette année encore, nous apportent leur soutien dans le combat que nous menons depuis longtemps pour la liberté du Tibet et la démocratisation du régime chinois.
La situation au Tibet et en Chine est connue de tous, nous savons le climat de terreur imposé par le gouvernement chinois à la suite des événements du printemps de Lhassa et dans l'optique d'une année hautement symbolique pour les Tibétains comme pour leurs tortionaires. Commémoration des cinquante ans du départ en exil du Dalai Lama pour les uns, tartuferie coloniale de la "libération pacifique d'un peuple inféodé" pour les autres. Encore une fois, en 2009, la vérité se heurtera aux mensonges officiels de la pire espèce.
Mais si nous sommes réunis aujourd'hui, ce n'est pas pour envoyer un énième message de condamnation aux autorités chinoises, mais pour nous adresser à nos représentants, ceux que nous avons élus et pour lesquels nous nous apprêtons une nouvelle fois à voter au mois de juin.
Vous l'avez compris, il s'agit d'Europe, des promesses qui ont été faites, particulièrement lors du vote d'une résolution le 6 juillet 2000 adressée à la Chine et engageant la responsabilité du Parlement européen.
Cette année, nous avons donc pour objectif de lancer ici, à Marseille, une grande campagne publique adressée aux politiques, aux citoyens comme aux médias européens, afin d'obtenir que soit mise à exécution la demande de reconnaissance de la légitimité du gouvernement tibétain en exil, comme cela était prévu dans le texte de cette résolution en cas d'absence ou d'échec du dialogue sino-tibétain sur un statut de pleine autonomie du Tibet.
Les gouvernements chinois et tibétain ayant admis, chacun de leur côté, l'échec total du cycle de rencontres initié depuis 2002, il convient maintenant que les parlementaires européens respectent leur engagement en votant une nouvelle résolution s'adressant aux gouvernements des Etats membres afin qu'ils examinent avec le plus grand sérieux la possibilité de reconnaître le gouvernement tibétain en exil comme représentant légitime du peuple tibétain.
Pour eux, comme pour les citoyens que nous sommes, il ne s'agira pas seulement de respecter des engagements politiques touchant aux valeurs de l'Union européenne. Car il y a là aussi une question de crédibilité internationale pour la seule représentation politique européenne directement et démocratiquement élue. De plus, comment ignorer l'enjeu qui est celui de la capacité de cette institution à défendre les intérêts légitimes de l'espace européen, face à un régime qui a toujours considéré la modération et l'écoute comme autant de preuves de la supériorité du totalitarisme et de la faiblesse des systèmes démocratiques ?
Nous sommes donc directement concernés par ce qui se passera au Parlement européen. Autant, sinon plus que les Tibétains, car c'est bien en notre nom que cette résolution a été votée par une majorité de parlementaires.
Durant toutes les années qui ont suivi, les Tibétains et les groupes de soutien au Tibet ont fait preuve d'un grand sens de leurs responsabilités. Le gouvernement du Tibet aussi, malgré les signes évidents de la duplicité d'autorités chinoises ne cherchant qu'à gagner du temps. Malheureusement, nous n'avons pas été payés de retour et, consternés, nous avons assisté impuissants au déferlement d'une barbarie qui a ensanglanté le Tibet lors des manifestations contre la tenue des Jeux olympiques dans la ville de Pékin.
Au moment même où je m'adresse à vous, des êtres humains, tibétains, chinois, ouighours continuent d'être traités par ce régime comme nous ne traiterions pas des animaux. Ils hurlent sous la torture, ils crèvent de faim, de froid, des coups des humiliations et des menaces, ils crèvent de toutes les façons possibles et inimaginables pendant que nous tergiversons. Cela suffit, la coupe est pleine !
Que dit-elle, cette Europe des libertés fondamentales et de la dignité de la personne humaine ? Que fait-on dans cet espace européen de la multiplicité des cultures et du respect du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ? Où est-elle cette troisième voie promise par les batisseurs de l'Europe ? A la Commission ? Au sein des Etats membres ? Avec tous le respect qui est dû aux Institutions et aux personnes, je ne le pense pas.
Car je ne vois rien, je n'entends rien... Le gouvernement chinois assassine dans un silence écoeurant qui confine chaque jour un peu plus à une vulgaire complicité.
L'Europe, celle dont nous avons révé, celle que nous voulons léguer à nos enfants et pour laquelle notre génération a accepté de payer le prix social et culturel de sa construction, elle est ici, devant moi et peut-être demain à Strasbourg ou à Bruxelles, si nos parlementaires ont le courage de voter une nouvelle résolution conforme à nos valeurs et aux promesses de notre élite politique.
Si nous ne faisons rien, non seulement un peuple et sa culture spécifique disparaîtront, mais l'Europe se condamnera elle-même à subir tôt ou tard les conséquences de sa faiblesse et de ses abandons.
N'a-t-elle pas suffisament souffert des erreurs du passé, n'a-t-elle pas assez de détracteurs, de mécontents, d'hommes et de femmes en colère devant ses difficultés à répondre à leurs attentes sociales légitimes ? Les défenseurs de la liberté et de la démocratie seront-ils condamnés à grossir les rangs de ceux qui ont déja dit non ?
Car pourquoi devrions-nous répondre aux appels au civisme et à la citoyenneté, si le Parlement européen apportait la preuve par son inaction de son incapacité à tenir ses propres engagements ?
Les parlementaires doivent agir et ils doivent agir maintenant. Comme nous le ferons nous-mêmes en clôture de cette manifestation, en tant que simples citoyens déposant symboliquement un bulletin de vote dans une urne pour reconnaitre la légitimité du gouvernement tibetain en exil.
Encore une fois, chers amis, ici à Marseille vous êtes appelés à mener cette bataille jusqu'à son terme, en participant et en faisant participer aux campagnes citoyennes que nous vous proposons. Oui, nous avons besoin de votre aide pour le Tibet, pour l'Europe et pour nous-mêmes.
Votez aujourd'hui à Marseille, pour pouvoir voter au mois de juin aux élections européennes.
FC